Prométhée déchaîné

Lors de la récente édition du festival Présences de Radio France qui honorait Tristan Murail, le pianiste François-Frédéric Guy panachait créations et reprises de ce dernier avec une sélection de pièces de Debussy, à la différence de son nouvel album où Debussy encadre Murail. Héritier du courant spectral apparu à l’orée des années soixante-dix (il en fut d’ailleurs l’un des artisans), Murail applique à son piano une écriture tout à la fois percussive et résonante, qui doit autant à la sonorité aquatique éminemment expressive de son grand ancêtre – la féerie évanescente de Cailloux dans l’eau –, qu’aux appels vigoureux de son maître Messiaen – Le Rossignol en amour – trempé dans le spectre élargi de Scriabine – Le Misanthrope – et aux confins du silence de Liszt – Impression, Soleil levant. Un piano arachnéen réverbéré dans le Livre II des Préludes de Debussy que l’interprète joue avec une profondeur mêlée de panache qui surprend  – La Puerta del Vino et « General Lavine » – eccentric ! – mais convient bien à ce style esquissé – Bruyères – et nocturne – La Terrasse des audiences au clair de lune, Canope. Le caractère pyrotechnique de Feux d’artifice qui clôt le cycle debussyste trouve un écho surnaturel dans la fluidité envoûtante de Résurgence de Murail. Fort de ses interprétations beethovéniennes, le pianiste, qui signe en outre la présentation de son enregistrement, n’hésite pas à parler de l’élan prométhéen du créateur.

Debussy : Images, Livre II, extrait : Reflets dans l’eau ; Préludes, Livre II – Murail : Cailloux dans l’eau, Le Rossignol en amour, Mémorial, Résurgence, Le Misanthrope, Impression Soleil levant

François-Frédéric Guy (piano)

1CD La dolce volta LDV 110 (dist. Integral) 1h 19 min

Mis en ligne le 3 mars 2022 sur le site de Musikzen.fr

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